Esprit Valdôtain >> Nos origines
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NOS ORIGINES
"I tempi di Francesco I° e di Carlo VIII° sono passati, desideriamo che non si parli più francese"

Banderole exposée par les fascistes accueillant joyeux le Duce lors de sa visite à Aoste, les 19 et 20 mai 1939


Le 24 septembre de 1998, les étudiants des écoles secondaires réalisaient leur première manifestation contre le projet de loi, qui serait devenu la L.R. 52 du 3 novembre 98, introduisant le français parmi les matières obligatoires à l'examen de baccalauréat. Depuis belle lurette (en fait, depuis les années 70, au plus fort de la poussée communiste), on ne voyait plus autant de monde dans les rues, ni avait-on assisté à un tel déferlement de gens braillant des slogans violents et grossiers.
Ce qui, tout d'abord, nous étonna.
Bien sûr, chacun de nous avait senti plusieurs fois sur sa peau les dents de la haine ethnique. Qui par son nom, qui par son accent, qui par sa profession (un agriculteur n'est qu'un bacan sans espoir, n'est-ce pas?), qui par ses idées, nous avions tous "gêné" un ou plusieurs Italiens et, une fois au moins, nous avions tous lu dans les yeux de l'un d'eux la méfiance, le mépris ou l'hostilité. Et, bien sûr, chacun de nous avait bien senti que quelque chose de très laid et d'extrêmement dangereux se cachait derrière tout cela.
Nous maudissions donc notre condition de nègres blancs, d'hommes dépourvus d'une pleine dignité, parfois même de untermenschen, condamnés à subir en silence, comme l'écrivait Chanoux, cette "frénésie de destruction de tout ce qui représente notre personnalité, notre langue, notre histoire, nos noms". Mais peut-être un peu par lassitude, un peu parce que nous espérions que les temps étaient vraiment à l'acceptation de la différence, un peu parce que nous voulions croire que, un parti qui disait faire du peuple valdôtain sa raison d'être étant au pouvoir, rien ne pouvait se passer de grave, nous nous étions cantonnés à notre routine quotidienne : il faut oublier le risque pour pouvoir vivre. Et si nous nous refusions d'accepter jusqu'au fond notre personnalité gravement diminuée, en rêvant parfois d'une Vallée d'Aoste où il y eût enfin de la place également pour des Valdôtains à part entière, nous avions, de façon inconsciente probablement, chassé de l'esprit l'idée que ce qui nous attendait était en revanche tout simplement notre complète élimination.
C'est ce qui changea ce jour.
Suivant un canevas ancien comme le monde, cette bande, ivre de haine et consciente de sa force, ôta son masque et montra à nouveau le vrai visage des dominateurs.
Nous surprîmes d'abord les yeux trop luisants et les regards troubles des meneurs, pour la plupart des enseignants soi-disant de gauche. Il n'y avait plus rien qui fut vraiment humain en eux. Ce n'était plus la personne qui a des idées opposées aux nôtres que nous voyions, mais la bête assassine, qui jouit intensément du mal qu'elle fait et qui, en réalité, ne vit que grâce à lui : comme nombre de colonialistes frustrés, ils essayaient désespérément d'oublier leur médiocrité de fond en écrasant plus faible qu'eux. Car, bien sûr, ces agitateurs ne défendaient pas le droit à manifester leur façon d'être : tout ce qui les intéressait était éliminer la nôtre. Nous attendions les fascistes à droite, ils surgissaient à gauche, ce qui ne fut pas sans nous rappeler l'alliance en fonction anti-valdôtaine entre la "Résistance" italienne et les sbires de Salò. Le pacte infâme se renouait, ou, plus probablement, il n'avait jamais été vraiment rompu. Nous observâmes ensuite les étudiants, ces jeunes pousses qui allaient sans doute fournir le ton au "débat social" des prochaines années. Là aussi, la haine. Plus pure, plus belle, comme peut l'être la sève montante à qui l'on explique que tout ce que l'on a dû refouler jusqu'alors, il est bon de l'exprimer enfin, puisque l'objet en est ontologiquement vil et coupable : la langue française apparemment, mais en réalité, à travers elle, les Valdôtains qui voudraient se rappeler qu'ils ont été un peuple. Haine qu'ignoblement les meneurs excitaient, tout comme leurs pères et grands-pères spirituels avaient expliqué à plusieurs autres générations d'adolescents que tuer n'est pas un crime, si la victime appartient à l'autre camp. À côté de cette déferlante, nous rencontrâmes parfois quelques étudiants valdôtains qui, s'étant refusés de se confondre dans la masse pour y chercher l'illusion de la sécurité, étaient dès lors contraints de s'isoler en classe ou de raser les murs, en remâchant péniblement l'énième humiliation. Nous en devinâmes, outre la tristesse, le doute angoissant qui les tourmentait : était-on vraiment en Vallée d'Aoste et en fin de siècle, pour qu'une telle flambée de fascisme puisse se produire sans que rien ni personne ne réagisse ? La maladresse dans la présentation de cette mauvaise loi, mal conçue et en effet d'abord loi de l'Etat, ne pouvait pas tout expliquer. Il y avait autre chose, que nous avions tous senti avec précision : en nous le disant, avec une peur terrible - pourquoi ne pas l'avouer ? - nous comprîmes enfin. Ce que nous voyions là n'était que le hors-d'œuvre. L'assimilation se poursuivant à rythme serré, le moment serait très tôt venu - nous devions bien comprendre la terrible promesse - où l'on serait passé au plat de résistance. Les Valdôtains en tant que tels.
Celui qui décide de ne pas se défendre s'avoue vaincu avant même la bataille, qu'il ne peut quand même pas éviter. Et si l'on ne se résigne pas facilement à être déchu, sauf à être un taré, encore moins peut-on envisager tranquillement d'être supprimé. Tout dépourvus de moyens que nous fûmes, il nous fallait alors faire quelque chose, sous peine de mériter entièrement le sinistre destin qu'on nous annonçait.
C'est ainsi qu'est né Esprit Valdôtain.
Son but peut être résumé ainsi : tout essayer pour donner au peuple valdôtain une chance de salut.
Car il agonise et risque de disparaître d'ici peu. La baisse démographique qui affecte sa population déjà très peu nombreuse et la perte d'identité qu'il favorise lui-même par une attitude renonciataire, masquée par un hédonisme vulgaire et cynique, ne lui laissent en effet, à très court terme, aucune chance de survie face à la violence et la continuité de l'agression italienne. À moins que les moyens nécessaires à inverser le cours des choses ne soient mis à sa disposition. Des moyens qui correspondent simplement à ceux auxquels tout peuple et toute minorité ont droit : des écoles, une culture officiellement reconnue, des médias particuliers.
En peu de mots, une vie normale.

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